12 septembre 2017
Delphine Pichard

Depuis longtemps, et grâce à Daniel Goldman entre autres, on sait distinguer l’intelligence émotionnelle de l’intelligence rationnelle (cf article sur l’intelligence émotionnelle). Mais on peut aussi définir bien d’autres formes d’intelligence.

La théorie des intelligences multiples

Howard GARDNER est la référence en la matière ; pour avoir assidûment travaillé sur le sujet, il définit 8 formes d’intelligence.

  1. L'intelligence linguistique

L’intelligence linguistique (ou verbale) consiste à utiliser le langage pour comprendre les autres et pour exprimer ce que l’on pense. Tout comme l’intelligence logico-mathématique, on la mesure dans les tests de QI. Elle permet l’utilisation de la langue maternelle, mais aussi d’autres langues. C’est aussi l’intelligence des sons, car les mots sont des ensembles de sons. Les personnes auditives ont ainsi beaucoup plus de facilité à entendre des mots que de voir et retenir des images.

Tous les individus qui manipulent le langage à l’écrit ou à l’oral utilisent l’intelligence linguistique : orateurs, avocats, poètes, écrivains, mais aussi les personnes qui ont à lire et à parler dans leur domaine respectif pour résoudre des problèmes, créer et comprendre. Victor Hugo maîtrisait à merveille ce type d’intelligence.

  1. L'intelligence logico-mathématique

Les chercheurs et chercheuses en biologie, en informatique, en médecine, en science pure ou en mathématique font preuve d’intelligence logico-mathématique. Ils utilisent les capacités intellectuelles qui y sont rattachées, soient la logique, l’analyse, l’observation, la résolution de problèmes. Cette forme d’intelligence permet l’analyse des causes et conséquences d’un phénomène, l’émission d’hypothèses complexes, la compréhension des principes pas toujours évidents derrière un phénomène, la manipulation des nombres, l’exécution des opérations mathématiques et l’interprétation des quantités.

Il existe une dimension non-verbale et abstraite dans ce type de fonctionnement du cerveau, car des solutions peuvent être anticipées avant d’être démontrées. Einstein est représentatif de cette forme d’intelligence.

  1. L'intelligence musicale

L’intelligence musicale est la capacité de penser en rythmes et en mélodies, de reconnaître des modèles musicaux, de les mémoriser, de les interpréter, d’en créer, d’être sensible à la musicalité des mots et des phrases… À l’âge de pierre, la musique jouait un rôle rassembleur. C’est d’ailleurs encore le cas dans un certain nombre de cultures. Dès la petite enfance, il existe une capacité « brute » concernant l’aspect musical.

Les virtuoses en ce domaine manifestent leur intelligence en vous faisant vibrer par des nuances, des changements de rythme et d’autres variantes transmises par leur instrument de musique ou leur voix. Mozart est un bon modèle de cette forme d’intelligence.

  1. L'intelligence visuelle spatiale

L’intelligence spatiale permet à l’individu d’utiliser des capacités intellectuelles spécifiques qui lui procurent la possibilité de se faire, mentalement, une représentation spatiale du monde. Les Amérindiens voyagent en forêt à l’aide de leur représentation mentale du terrain. Ils visualisent des points de repère : cours d’eau, lacs, type de végétation, montagnes … et s’en servent pour progresser ; des navigateurs autochtones font de même et naviguent sans instrument dans certaines îles du Pacifique.

L’intelligence visuelle permet de créer des œuvres d’art et artisanales, d’agencer harmonieusement des vêtements, des meubles, des objets, de penser en images. Les géographes, les peintres, les dessinateurs de mode, les architectes, les photographes, les caméramans mettent à profit ce potentiel intellectuel. L’architecte Le Corbusier est un bon exemple.

  1. L'intelligence kinesthésique

L’intelligence kinesthésique est la capacité d’utiliser son corps ou une partie de son corps pour communiquer ou s’exprimer dans la vie quotidienne ou dans un contexte artistique ; pour réaliser des tâches faisant appel à la motricité fine ; pour apprendre en manipulant des objets ; pour faire des exercices physiques ou pratiquer des sports.

Mario Lemieux (joueur exceptionnel de hockey sur glace) est un bon exemple : on dit de lui qu’il fait des feintes et des passes intelligentes. Il existe donc un potentiel intellectuel qui permet par exemple au joueur de ballon panier de calculer la hauteur, la force et l’effet du lancer au panier. Le cerveau anticipe le point d’arrivée du ballon et met en branle une série de mouvements pour résoudre le problème. L’expression de ses émotions par le corps, les performances physiques ainsi que l’utilisation adroite d’outils indiquent la présence d’un potentiel intellectuel à ce niveau.

  1. L'intelligence naturaliste

L'intelligence naturaliste est l’intelligence de l’amérindien, du biologiste, du botaniste, de l’écologiste, de l’océanographe, du zoologiste, de l’explorateur, du chasseur, du pêcheur et du chef cuisinier. L’individu est capable de classifier, de discriminer, de reconnaître et d’utiliser ses connaissances sur l’environnement naturel, les animaux, les végétaux ou les minéraux. Il a une habileté à reconnaître des traces d’animaux, des modèles de vie dans la nature, à trouver des moyens de survie ; il sait quels animaux ou plantes sont à éviter, de quelles espèces il peut se nourrir. Il a un souci de conservation de la nature.

Souvent les personnes chez lesquelles cette forme d’intelligence est bien développée aiment posséder un cahier de notes d’observation ou garder leurs observations en mémoire ; elles aiment prendre soin d’animaux, cultiver un jardin et sont en faveur de l’établissement de parcs dans leur ville ; elles sont adeptes de la conservation de leur environnement. Les peuples indigènes utilisent cette forme d’intelligence de façon exceptionnelle.

  1. L'intelligence interpersonnelle

L’intelligence interpersonnelle (ou sociale) permet à l’individu d’agir et de réagir avec les autres de façon correcte. Elle l’amène à constater les différences de tempérament, de caractère, de motifs d’action entre les individus. Elle permet l’empathie, la coopération, la tolérance. Elle permet de détecter les intentions de quelqu’un sans qu’elles ne soient ouvertement avouées. Cette forme d’intelligence permet de résoudre des problèmes liés aux relations avec les autres ; elle permet de comprendre et de générer des solutions valables pour aider les autres. Elle est caractéristique des leaders et des organisateurs.

Dans les sociétés préhistoriques, l’organisation sociale était importante, la chasse nécessitait la collaboration et la participation du clan. Les groupes gravitaient autour d’un chef qui en assurait la solidarité et la cohésion. Mère Térésa mettait à profit son intelligence interpersonnelle de façon exceptionnelle.

  1. L'intelligence intrapersonnelle

L'intelligence intrapersonnelle est l’aptitude à faire de l’introspection, c’est-à-dire à revenir à l’intérieur de soi, à identifier ses sentiments, à analyser ses pensées, ses comportements et ses émotions. Cette forme d’intelligence permet de se comprendre soi-même, de voir ce qu’on est capable de faire, de constater ses limites et ses forces, d’identifier ses désirs, ses rêves et de comprendre ses réactions. C’est aussi la capacité d’aller chercher de l’aide en cas de besoin. En somme, c’est être capable d’avoir une représentation assez juste de soi.

Cette forme d’intelligence permet de résoudre des problèmes reliés à notre personnalité et de travailler sur soi. Elle fonctionne en étroite relation avec l’intelligence interpersonnelle, car pour bien fonctionner avec les autres, il faut être conscient de ses propres émotions et savoir les contrôler. Goleman, l’auteur de L’intelligence émotionnelle est un exemple de ce type d’intelligence.

Leaderhip : l’art de manier les intelligences

Selon Robert PAPIN

Dans le monde de l'entrepreneuriat, on dit « Le Papin » comme on parle du « Robert » pour les dictionnaires. « Le Papin », ce sont près de 828 pages consacrées à la création d'entreprise, un ouvrage de référence qui compte déjà 14 éditions.

Selon Robert PAPIN, fondateur et ancien directeur d’HEC Entrepreneurs, dans son dernier ouvrage consacré à la nouvelle donne du management (« le nouveau manager »), un chef d’entreprise, au-delà d’un projet commun et de son engagement personnel, doit savoir manier trois différents types d’intelligence afin de voir performer son entreprise.

Le projet, c’est-à-dire l’objectif commun défini et vécu par l’ensemble des collaborateurs au quotidien, reste incontournable dans la réussite d’une entreprise, le rôle du dirigeant étant de s’engager personnellement dans la poursuite de l’atteinte de cet objectif, et de s’affirmer comme leader dans la communication des valeurs fortes liées au projet.

La formation des collaborateurs est aussi un beau défi à relever, dans la mesure où elle est un des moyens les plus efficaces de répondre aux besoins d’autonomie et d’épanouissement personnel de ceux qui vont en bénéficier, tout en satisfaisant la mise en œuvre du projet de l’entreprise.

Mais cela ne suffit pas... ou est incomplet.

Pour la mobilisation des collaborateurs, on ne peut pas se baser uniquement sur des stratégies, qui sont, la plupart du temps, de l’ordre de l’intelligence théorique... C’est-à-dire, si l’on se réfère à GARDNER, une combinaison de l’intelligence verbale et de l’intelligence logico-mathématique.

Il convient d’entrer dans le domaine de l’intelligence des relations interpersonnelles ; cette forme d’intelligence permet de mieux comprendre les collaborateurs, leurs intentions, leurs motivations et la manière de composer avec elles. Nous entrons aussi dans le domaine de l’intelligence émotionnelle qui donne au dirigeant la possibilité de comprendre et gérer ses émotions, ainsi que celles de ses collaborateurs.

Selon Robert PAPIN donc,

La stratégie serait du domaine de l’intelligence théorique, et la mobilisation des collaborateurs, des domaines de l’intelligence interpersonnelle et de l’intelligence émotionnelle.

Il est rare qu’une personne ayant un Q.I. élevé (cf intelligence théorique) soit d’une faible intelligence émotionnelle, mais cette nuance qui consiste à considérer qu’il faut faire appel à des intelligences différentes pour mobiliser ses collaborateurs, permettrait d’expliquer que de grands patrons soient de bons stratèges et de mauvais meneurs d’hommes...

Selon Sylvaine MESSICA

Sylvaine Messica, est coach et conférencière en leadership ; elle considère que le leader idéal possède, et utilise, au maximum de ses possibilités, 7 formes d’intelligence.

  1. Intelligence émotionnelle (cf article sur le management émotionnel)

C’est la capacité à utiliser ses émotions dans la communication, à exprimer son ressenti et à être spontané en toutes circonstances. Pour un dirigeant, transmettre des ondes positives et être capable de communiquer, même en période de forte tension, font partie des qualités clés. C’est aussi la sensibilité (et l’empathie) qui permet de lire les émotions des autres : des capacités qui aideront un manager à repérer les problématiques individuelles au sein d’une équipe.

  1. Intelligence situationnelle

Pour un start-uppeur, c’est l’intelligence numéro un ! C’est la capacité à rebondir et à innover dans une situation immédiate ; transformer une contrainte ou un obstacle en opportunité de réalisation. Cette forme d’intelligence est basée sur la spontanéité, la créativité et le lâcher prise. Pour la développer, on doit se challenger sans arrêt et tenter de sortir de sa zone de confort. Mais cette créativité débordante peut perturber les interlocuteurs les plus rationnels.

  1. Intelligence rationnelle

Les pragmatiques en sont dotés ; cela leur permet de prendre des décisions mûrement réfléchies, sans faire référence à la relation ou à l’émotion. Cette forme d’intelligence est indispensable pour définir une stratégie globale par exemple, mais pas suffisante pour manager efficacement ses troupes. Le dirigeant n’est pas à la tête d’une équipe de robots obéissants : il existe toujours un besoin de reconnaissance, ce qui nécessite de l’empathie de la part du manager.

  1. Intelligence relationnelle

Elle aide à créer et à entretenir des relations sur le long terme : nouer des partenariats, convaincre un investisseur, attirer des talents... Dans toutes ces circonstances, cette forme d’intelligence sera cruciale, aussi utile dans la prise de parole en public que pour convaincre un auditoire. Le dirigeant qui en est doté aura plus de facilité à souder une équipe par exemple. Mais, cultivée à l’excès, elle peut se transformer en compassion, souvent contreproductive en management.

  1. Intelligence de l’agilité

C’est la capacité à mettre en mouvement et changer rapidement de posture, ou d’environnement pour s’adapter ; on peut parler de motricité du changement. Le dirigeant en aura besoin pour instaurer le changement dans son organisation. Dans la transformation digitale, la réussite repose sur l’humain. Cette intelligence permet de mettre plus facilement en action une équipe.

  1. Intelligence d’action et de décision

C’est la capacité à prendre de la hauteur, à avoir une vision globale pour faire un tri productif, et finalement, se focaliser sur l’essentiel. Celui qui sait en tirer parti évite de perdre du temps sur des sujets secondaires. Des capacités qui se révèlent capitales lors du lancement d’une start-up. A ce stade, les créateurs d’entreprise innovante doivent accepter de ne pas tout maîtriser. Sans pour autant confondre vitesse et précipitation.

  1. Intelligence de l’affirmation

C’est la force de savoir dire non pour rester en accord avec ses valeurs même si la pression est forte pour franchir la ligne jaune : par exemple, lorsqu’il y a tentative de corruption. Cela englobe aussi la capacité à exprimer une critique mais de façon positive. Cette forme d’intelligence repose beaucoup sur le courage, sans pour autant tomber dans la « rebelle attitude » systématique. Elle évite de subir des situations délicates, et renforce la position de leader.

 

Certains sont naturellement plus ou moins dotés de telle ou telle forme d’intelligence, et il convient d’en avoir conscience, car cela constitue un point fort en management, un savoir-être sur lequel vous pourrez vous appuyer dans votre pratique managériale.

Cette identification permet aussi de déterminer quelles sont les formes d’intelligence qui sont moins développées chez vous, et de pouvoir travailler dessus, tout naturellement.

Ce qui peut faire l’objet d’un coaching spécifique : n’hésitez pas à me solliciter pour faire le point.

 

Article rédigé par Delphine PICHARD - ENTRE2SPORT

 

Sources :

Les intelligences multiples, Howard GARDNER

Le nouveau manager, Robert PAPIN

https://business.lesechos.fr/directions-generales/metier-et-carriere/profils/le-leadership-l-art-de-manier-les-intelligences-2439.php?abTyVbqChAL0aS7W.99

https://business.lesechos.fr/entrepreneurs/efficacite-personnelle/leader-de-quelle-forme-d-intelligence-etes-vous-311907.php?ZiOKVB1DVl7ekCZM.99

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